FRANCE 24 EN PARLE: Le Mercredi, le Bénin voit ROUGE

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Depuis le milieu du mois de juillet, tous les mercredis, des centaines de Béninois s’habillent en rouge. Il ne s’agit pas d’un effet de mode, mais d’une façon originale de protester contre la réforme constitutionnelle voulue par le président Boni Yayi.

Lancé le mercredi 17 juillet par le mouvement « Alternative citoyenne », le « Mercredi rouge » souhaite réunir tous les mécontents du président Bon Yayi au pouvoir depuis 2006. Principal point de discorde : la réforme de la Constitution béninoise qui pourrait, selon les membres du mouvement, permettre au président sortant de se représenter pour la troisième fois à l’issue de son mandat en 2016.
Le mouvement s’organise principalement au travers de Facebook. Et il prend de l’ampleur, au point d’agacer le gouvernement béninois. Le mercredi 31 juillet, et le 1er aout, jour de la fête d’indépendance du Bénin, ils étaient plusieurs centaines dans les rues de Cotonou arborant T-shirt, casquettes ou autres objets rouges. Des manifestations strictement encadrées où plusieurs personnes ont été arrêtés pour trouble à l’ordre public, notamment un des leaders du mouvement, l’ancien ministre de la Communication, Gaston Zossou, qui a expliqué sur son compte Facebook que sa maison avait été encerclée par les forces de l’ordre avant son interpellation.

Pour s’opposer au « Mercredi rouge », les partisans de Boni Yayi ont répliqué en instaurant le mouvement du « Vendredi blanc », peu suivi pour le moment. Le ministre de l’Intérieur Benoît Dégla a déclaré que les « causes que défendent les initiateurs du Mercredi rouge sont non fondées » et a qualifié le mouvement « d’intoxication ».

« C’est l’étincelle qui a provoqué l’intérêt des gens pour la politique ! » selon Alexandre John Tikpa qui est informaticien à Cotonou.
Le rouge est avant tout symbole du courage, c’est l’une des couleurs présentes sur le drapeau du Bénin. Mais pour moi, c’est davantage la couleur de ma colère, une façon de dénoncer un régime qui s’accroche au pouvoir et qui tente de berner sa population.

Le « Mercredi rouge » s’est organisé autour de ceux qui refusent la révision de notre Constitution, mais c’est aussi l’occasion de faire valoir plusieurs autres revendications comme dénoncer la mauvaise gouvernance, les privations de libertés, la faim… Ce qui est en train de se passer ressemble beaucoup à ce qui est arrivé en 2009 [Boni Yayi avait mandaté une commission technique composée d’experts pour réviser la Constitution avant de faire marche arrière face aux manifestations de l’opposition et de la société civile].

Cette initiative a donné des idées à beaucoup de jeunes, pas forcément très investis politiquement : par exemple, une brigade de motards tous habillés en rouge s’est créée, ils font le tour des différentes artères des grande villes du pays. C’est l’étincelle qui a fait s’intéresser les gens à la politique ! [le mouvement a notamment lancé un concours d’art oratoire autour de la révision de la Constitution].

Je crois que le gouvernement ne s’attendait pas à une telle réaction. Mais comme on dit au Bénin, celui qui invite le tam-tam ne peut pas se plaindre du bruit.

« Le gouvernement ne peut pas interdire la couleur rouge ! »
Jean-Claude Kouanga habite à Parakou, à 400 kilomètres au nord de Cotonou. Il tente de répandre le mouvement dans sa ville.

Le mouvement « Mercredi rouge » a surtout pris de l’ampleur à Cotonou et on n’a pas encore de marée rouge dans les rues de Parakou. Cependant, on peut voir beaucoup de personnes accrocher des bandeaux rouges à leur fenêtre, porter un foulard ou attacher un ruban rouge au rétroviseur de leur voiture. C’est un signe que, loin de la capitale où tout se décide, les habitants de Parakou sont aussi intéressés par la vie politique du pays.

Je crois que ce qui gêne beaucoup le gouvernement, c’est l’aspect insaisissable de ce mouvement : il serait complètement stupide et dangereux politiquement d’interdire à tous les Béninois de s’habiller en rouge, encore plus de réprimer la population sous le seul prétexte qu’ils portent une cravate ou une casquette rouge ! Et puis comment empêcher les gens de poster des photos d’eux habillés en rouge ou de changer leur logo en rouge en guise de soutien au mouvement ?

Ce billet a été écrit en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste pour les Observateurs de FRANCE 24.
Source: http://observers.france24.com

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